Je lui expliquai toute l'affaire, et conclus:

«Et à l'heure qu'il est, Stanley est dans mon jardin à pleurer sur son chien. Pourquoi ne le reprend-il pas? Ils sont malheureux l'un et l'autre.

—Malheureux!... Dites que l'homme en a perdu le sens!... Mais, c'est son idée.

—Quelle idée? Il fait cinquante milles par semaine pour voir la bête, et a l'air de ne pas me reconnaître quand il me rencontre sur la route. Et je suis aussi malheureux que lui. Tâche qu'il reprenne le chien.

—C'est la pénitence qu'il s'est imposée. Je lui ai dit, comme ça, pour rigoler, après que vous aviez passé si à propos sur lui, ce soir où il était ivre—je lui ai dit que si c'était un catholique comme moi[9], il devrait faire pénitence. Le v'là-t-il qui part avec cette idée en tête et une bonne dose de fièvre, sans plus vouloir entendre parler que de vous donner le chien en gage!

[9] Mulvaney, soldat irlandais, est catholique, alors que son camarade est protestant.

—Un gage! A quel propos? Je n'ai pas de gages à recevoir de Stanley.

—Un gage de bonne conduite. Il marche droit, pour le quart d'heure, au point que c'est pas un plaisir de vivre avec lui!

—S'est-il donc affilié à quelque société de tempérance?

—S'il n'y avait que ça, je m'en moquerais pas mal. On peut rester trois mois à faire partie d'une société de tempérance, et bonsoir! Il dit qu'il ne reverra jamais le chien, et comme cela, remarquez bien, qu'il marchera droit ad vitam æternam. Vous connaissez ses idées? Eh bien, en v'là une. Et le chien, comment prend-il la chose?