Le patron s'affala sur son siège, tandis que les premiers accords d'un orgue lui imposaient silence.
«Notre nouvel orgue, dit le fonctionnaire à Cheyne avec fierté. Il nous coûte quatre mille dollars, savez-vous. Il nous faudra revenir aux grosses patentes l'an prochain pour le payer. Je n'allais pas laisser les pasteurs prendre toute la religion pour eux dans leur conférence. Voici quelques-uns de nos orphelins qui se lèvent pour chanter. C'est ma femme qui leur a appris. Je compte vous revoir tout à l'heure, Mrs Cheyne, on me demande sur l'estrade.»
Hautes, claires et franches, les voix des enfants couvrirent les derniers bruits de ceux qui s'installaient pour écouter.
«O vous tous, Ouvrages du Seigneur, bénissez le Seigneur: louez-Le, et exaltez-Le à jamais!»
Les femmes d'un bout à l'autre du hall se penchèrent en avant pour regarder, tandis que les sons répercutés remplissaient l'air. Mrs Cheyne, en même temps que quelques autres personnes, commença à sentir sa respiration s'entrecouper; jamais elle ne s'était imaginée qu'il y eût tant de veuves au monde: et instinctivement elle chercha des yeux Harvey. Il avait retrouvé ceux du We're Here au fond de l'auditoire, et se tenait, comme à la place lui revenant de droit, entre Dan et Disko. L'oncle Salters, revenu du détroit de Pamlico la nuit précédente avec Pen, lui fit un accueil méfiant.
«Est-ce que votre monde n'est pas encore parti? grommela-t-il. Qu'est-ce que vous faites ici, jeune homme?»
«O vous, Mers et Fleuves, bénissez le Seigneur: louez-Le, exaltez-Le à jamais!»
«Est-ce qu'il n'est pas dans son droit? dit Dan. Il a été là-bas comme nous tous.
—Pas dans ces vêtements-là, grogna Salters.
—Veux-tu bien fermer ça, Salters, dit Disko. Voilà que tu as retrouvé ta bile. Reste où tu es, surtout, Harvey.»