On ne m’en a pas informé, mais tout le monde était d’accord pour dire qu’en aucune circonstance le Birman n’est capable d’un effort pour suivre le chemin d’une honnête activité.
Or, si une bienveillante Providence vous avait habillé d’un jupon couleur pourpre, vert, ambre, ou puce, et vous avait coiffé d’un turban fait d’une écharpe couleur rose rouge, si elle vous avait placé dans un pays agréablement humide, où le riz pousse tout seul, où le poisson vient se faire prendre à la main, tout pourri, tout salé, est-ce que vous travailleriez ?
Ne préféreriez-vous pas allumer un cigare et flâner par les rues, à regarder ce qu’il y a à voir ?
Si les deux tiers de vos jeunes filles étaient des personnes rieuses, accortes, et l’autre tiers des personnes vraiment jolies, ne passeriez-vous pas votre temps à leur faire la cour ?
Le Birman s’occupe à ces deux choses, et l’Anglais, qui, après tout, s’est introduit péniblement en Birmanie, se hâte de le juger avec sévérité.
Pour mon compte personnel, j’aime le Birman avec ce parti-pris aveugle qui naît d’une première impression.
Je veux, après ma mort, devenir un Birman, avec autour du corps vingt yards de vraie soie royale tissée à Mandalay, et les cigarettes se succèderont sur mes lèvres.
Je balancerai ma cigarette pour souligner ma conversation, qui sera pleine de plaisanteries et de reparties, et je me promènerai toujours avec une jolie fille couleur d’amande qui rira et plaisantera de son côté, ainsi qu’il sied à une jeunesse.
Elle ne mettra point un sari sur sa tête quand un homme la regardera pour lancer sous cet abri des œillades suggestives par derrière ; elle ne marchera point d’un pas lourd, à ma suite, quand je me promènerai.
Ces usages-là sont particuliers à l’Inde.