C’étaient les gardiens de la pagode la plus grande qu’il y ait en Birmanie.
Autour d’eux se mouvait à grand bruit une foule de gens heureux, en jolis costumes, et les pas de tous ces gens se dirigeaient vers une grande chaussée dallée qui passait d’entre les tigres et allait jusqu’au sommet du tertre.
Mais les marches de cet escalier étaient singulières. Elles étaient couvertes pour la plupart d’un tunnel, ou peut-être d’une colonnade murée, car on voyait çà et là dans l’obscurité des piliers à dorures épaisses.
L’après-midi était avancé quand j’arrivai dans cet étrange endroit, et je vis que j’aurais à gravir une longue montée de marches en pente douce pour parvenir jusqu’à la pagode.
Une ou deux fois en ma vie, j’ai vu un globe-trotter haleter littéralement d’émotion jalouse parce que l’Inde était bien des fois plus vaste et plus charmante qu’il ne l’avait jamais rêvé, et parce qu’il n’avait réservé que trois mois pour l’explorer.
Mon séjour à Rangoon ne se comptait que par heures.
On peut donc me pardonner d’avoir piétiné d’impatience au bas de cet escalier, parce qu’il m’était impossible de m’arranger pour voir entièrement, complètement, exactement tout ce qu’il y avait à voir.
La signification des tigres gardiens, le mystère intérieur de la pagode principale, et des innombrables petites pagodes, tout cela m’était caché.
Je me demandais en vain pourquoi les jolies filles, fumant des cigares, vendaient de petits bâtons et des bougies de couleur qu’on devait brûler devant l’image de Bouddha.
Tout était inintelligible pour moi, et personne n’était là pour me donner des explications.