La seule chose qui me parût claire, c’est que sous peu de jours le grand ’htée qui avait été détérioré par le tremblement de terre serait hissé de nouveau en place au milieu des fêtes et des chants, et que la moitié de la Haute Birmanie viendrait contempler ce spectacle.

Je m’avançai entre les deux gros monstres, à travers une cour blanchie à la chaux jusqu’à ce que je fusse arrivé sous une arche à cintre plat que gardaient des boiteux, des aveugles, des lépreux, des estropiés.

Pendant que je passais, ils me tiraient par mon habit, en geignant, en pleurnichant, mais le flot de gens qui s’engouffraient sur la pente douce ne faisaient aucune attention à eux.

Et je montai dans la demi-obscurité d’un long, long corridor flanqué de boutiques, et pavé de dalles que les pieds humains avaient rendue très lisses.

Tout au bout du corridor voûté, une large ouverture laissait voir le ciel du soir.

De cet endroit partait une seconde montée d’escalier beaucoup plus raide, conduisant tout droit au Shway Dagone.

Je m’arrêtai à ce point, parce qu’il y avait là une très belle arche de style birman, ornée d’une inscription chinoise juste en face de moi, et je m’imaginai sottement qu’en allant plus loin je ne trouverais rien de plus agréable à voir.

En outre, je tenais à comprendre pourquoi ce peuple était capable de produire le dacoit des journaux, et je savais qu’on apprend des choses de bien des sortes en s’arrêtant au bord de la grande route.

Alors j’aperçus une figure… qui m’expliqua bien des choses.

Le menton, les joues, les lèvres et le cou étaient modelés fidèlement d’après les lignes de la pire des Impératrices romaines, de ces « femmes haletantes, bouillonnantes » que chante Swinburne et dont nous voyons parfois des portraits.