Le Club de Pégu paraissait plein de gens qui partaient pour l’intérieur ou en revenaient.

La conversation était un simple écho du bruit sourd des conquêtes qui se faisaient bien loin dans le Nord.

— Vous voyez cet homme là-bas ? Il a reçu une entaille sur la tête l’autre jour à Zounglounggoo. Ce doit être un dur à cuire. Cet autre type, près de lui, s’est livré à la chasse au dacoit pendant près d’une année. Il a détruit la bande de Boh-Mango. Il a capturé Boh dans un champ de riz. L’autre homme rentre au pays avec un congé de convalescence. Il a reçu un morceau de fer quelque part dans le corps… Goûtez de notre mouton. Je vous assure que le Club est le seul endroit de Rangoon où vous trouviez du mouton… Faites attention, il ne faut pas parler la langue courante à nos boys. Hé ! boy, apportez maître de la glace encore ! Ce sont tous des gens de Bombay ou bien des Madrassis. Ici sur le pont, il y a quelques domestiques birmans, mais un véritable Birman ne travaillera jamais. Il aime mieux être un simple petit daku.

— Comment dites-vous ?

— Un bon petit Dacoit. Nous les appelons Dakus pour abréger. C’est en quelque sorte un petit nom d’amitié. Ceci c’est le poisson-beurre. J’oubliais que vous manquez un peu de poisson dans le haut pays. Oui, je suppose que Rangoon a ses bons côtés. Vous payez princièrement. Vous vous installez comme le feraient des gens mariés, une petite maison meublée ; cent cinquante roupies. Les gages des domestiques se montent à deux cent vingt, deux cent cinquante roupies. Cela fait quatre cents roupies d’un seul coup. Mon cher, ici un balayeur n’accepte pas moins de douze à seize roupies par mois, et même alors il travaillera pour d’autres maisons. C’est pire qu’à Quetta. Un homme qui viendrait dans la Basse Birmanie avec l’espoir de vivre sur son traitement serait un imbécile.

Voix venant du bas bout de la table. — Quel sot ! C’est tout différent dans la haute Birmanie, où vous recevez des allocations de commandement et de voyage.

Autre voix, au cours d’une conversation. — On n’a jamais mis cette histoire-là dans les journaux, mais je puis vous assurer que nous n’avons pas été si vifs à prendre le fort qu’on voudrait le faire croire. Voyez-vous, Bob Gure nous avait littéralement pris au piège, et au moment où l’on en vint aux mains, nos hommes reçurent des pruneaux par devant et par derrière. Cette guerre dans la jungle, c’est le diable et le reste ! Encore de la glace, s’il vous plaît !

Alors on me conta la mort d’un de mes anciens camarades d’école, sous la rampe de la redoute de Minhla.

Quelqu’un se rappelle-t-il l’affaire de Minhla qui ouvrit le troisième bal birman ?

— J’étais tout près de lui, dit une voix. Il est mort, je crois, entre les bras de A : mais je n’en suis pas bien sûr. En tout cas, je sais qu’il est mort sans souffrances. C’était un bon garçon.