Il est absolument impossible d’écrire, mais vous ne vous en trouverez que mieux au point de vue moral, si l’on vous conte l’histoire des Vauriens d’Iquique, et « comme vous ne l’avez point entendu raconter, je vais vous la rapporter ».
Un Allemand qui fait la chasse aux orchidées, vient justement de me la dire toute fraîche. Il a failli ces jours-ci laisser sa tête dans les montagnes de Lullaï, et cela après avoir fait presque le tour du monde.
Iquique est situé quelque part dans l’Amérique du Sud, au fond du Brésil, ou peut-être au delà.
Une fois il y arriva une tribu d’indigènes des forêts. Ils étaient si innocents qu’ils ne portaient aucun, mais aucun vêtement.
Ils avaient un grief mais point de costume.
Ils exposèrent le premier en présence de son Excellence le Gouverneur d’Iquique. Mais la nouvelle de leur arrivée et de leur absolue nudité les avait précédés, et les bonnes dames Espagnoles de la ville décidèrent unanimement qu’il fallait tout premièrement habiller ces païens.
Elles organisèrent donc une séance de couture, et le résultat, qui consistait principalement en des tabliers, fut mis à la disposition de ces vilaines gens, avec des indications sur la façon de s’en servir.
Ils parurent vêtus de leurs tabliers, devant le gouverneur, et toutes ces dames d’Iquique, rangées sur les degrés de la cathédrale, mais ce fut seulement pour apprendre que le gouverneur ne pouvait déférer à leur demande.
Et savez-vous ce que firent ces enfants de la nature ?
En un clin d’œil, ils avaient enlevé leurs tabliers, pour les rouler autour du cou, et se mirent à danser, nus comme l’Aurore, devant les dames scandalisées d’Iquique, qui s’enfuirent en se cachant leurs yeux avec leurs éventails jusque dans le sanctuaire de la cathédrale.