Il n’a pas de chair sur les os, et il passe sa vie dans le fumoir à organiser la loterie quotidienne.

J’avais peur de lui, mais il me suivit, et m’expliqua d’une voix sans inflexions, sans expression, comment fonctionnaient les loteries.

Quand j’eus protesté que je le savais, il continua sans s’inquiéter de l’interruption, et finalement pour me récompenser de ma patience, il m’offrit de me dire les noms et les particularités de tous les passagers.

Puis il disparut par la fenêtre du fumoir, parce que la porte n’avait que huit pieds de haut, et que dès lors elle était trop étroite pour ce gigantesque et anormal phénomène.

Sur certains sujets, il possédait des notions partielles plus complètes que les miennes. Sur certains autres, il montrait la crédulité sans bornes de l’enfant de deux ans. Mais le regard las était toujours le même et il sera encore le même quand il aura cinquante ans.

Cela est plus désolant que je ne pourrais le dire.

Tous ses souvenirs s’étaient embrouillés les uns dans les autres et il plaçait en Turquie et dans l’Inde des incidents qui s’étaient passés en Espagne.

Quelque jour un maître d’école s’emparera de lui et tâchera de l’éduquer, et je donnerais bien des choses pour voir par quel bout il commencera.

La tête est déjà trop pleine, et… l’autre partie n’existe pas encore.

Albert n’est, à ce que je présume, qu’un enfant comme les autres enfants américains.