— Hi-hi-yow, dit le coolie de mon rickshaw, en me versant par dessus une roue.
Je sortis et rencontrai d’abord un Allemand barbu, puis trois mousses en liesse, appartenant à un navire de guerre, puis un sergent de sapeurs, puis un Parsi, puis deux Arabes, puis un Américain, puis un Juif, puis quelques milliers de Chinois qui portaient tous quelque chose, et enfin le Professeur.
— On fabrique des plaques — des plaques instantanées à Tokio, à ce qu’on m’a appris. Que dites-vous de cela ? dit-il. Eh bien, dans l’Inde, le bureau du lever des plans est le seul qui fabrique ses propres plaques. Des plaques instantanées à Tokio, songez donc !
J’avais été pendant longtemps le débiteur du Professeur pour une de ces plaques.
— Après tout, répondis-je, ce qui me frappe, c’est que nous avons commis l’erreur de trop penser à l’Inde. Par exemple, nous nous figurions que nous étions civilisés. Mettons-nous à un rang inférieur. A côté de cette ville-ci, Calcutta n’est plus qu’un hameau.
Et il y avait en cela une bonne part de vrai, car la ville était d’une propreté peu ordinaire ; parce que les maisons étaient uniformes, à trois étages et avec des vérandahs, et parce que le pavé était de pierre.
Je rencontrai un cheval, qui était fort honteux de lui-même. Il suivait des yeux une charrette qui prenait la route de la mer, mais au haut des degrés on ne voyait en fait de véhicules que des rickshaws. Hong-Kong a détruit dans mon esprit le romanesque du rickshaw.
Ils devraient être consacrés aux jolies dames, et non aux hommes qui s’en servent pour aller à leurs affaires, aux officiers en grand uniforme, aux matelots qui se tassent pour y tenir deux de front, et d’après ce que j’ai entendu dire là-bas aux casernes, ils servent parfois à rapporter au violon le déserteur ivre.
— Il s’y endort, Monsieur, et cela évite bien des embêtements.
Les Chinois sont naturellement les maîtres de la ville. Ils profitent de tous nos progrès dans les constructions, de tous nos règlements de police.