— Vous foulez acheter ? répéta le marchand après avoir tracé son dernier coup de pinceau.

Et je dis dans la nouvelle langue que j’étais en train de m’assimiler :

— Voudrais savoir un renseignement qui appartient à mon métier. Regardez ces choses. Avez-vous une âme, vous ?

— Avez-vous quoi ?

— Avez-vous quelque chose d’une âme ? Avez-vous tous le même esprit ? Vous ne voyez pas ? Alors parlons autrement. Les gens de votre nation ont tous l’air du même diable incarné mais ils font curiosité de tout, même les idoles de poche, et jamais ne donnent d’explication. Pourquoi êtes-vous une aussi horrible contradiction ?

— Ne sais pas : deux dollars et demi, dit-il en tenant un cabinet en équilibre sur la main.

Le Professeur n’avait point entendu.

Son esprit était accablé par la pensée du sort qui pèse sur l’Hindou.

— Il y a trois races qui savent travailler, dit le Professeur, en jetant un regard sur la rue fourmillante où les Rickshaws pétrissaient la boue, et la Babel de cantonais et de pidgin montait en aboiements confus vers le brouillard jaune.

— Mais il n’y en a qu’une qui sache se multiplier, répondis-je. L’Hindou se coupe la gorge et meurt. Quant à la souche des Sahibs, ils sont trop peu nombreux pour durer toujours. Ces gens-là travaillent et gagnent du terrain. Ils doivent avoir des âmes. Sans cela ils ne pourraient concevoir de jolies choses.