Je m’en allai, écœuré, attristé, et comme la porte se fermait, je les vis toutes deux en train de boire.

— Là-bas, à Frisco, c’est bien mieux, disait le vrai dessalé, mais comme vous le voyez, elles sont diablement gentilles. Elles pourraient passer pour des dames si elles le voulaient. Je vous le dis, un homme n’a qu’à ouvrir les yeux et à faire un tour chez elles pour voir un peu de la vie amusante.

J’ai vu tout ce que je désirais voir, et désormais je passerai outre.

Il se peut qu’il y ait de meilleur champagne et de plus solides buveurs à Frisco et ailleurs, mais les propos seront les mêmes, l’odeur de rance et de moisi de tout cela sera la même jusqu’à la consommation des siècles.

Si c’est là la Vie, qu’on me donne une honnête mort, sans boissons, sans obscènes plaisanteries.

De quelque côté que vous regardiez ce spectacle, c’est une pitoyable comédie mal jouée et qui ressemble trop à une tragédie pour être agréable. Mais il paraît que cela amuse le jeune homme en train de faire son tour du monde et je ne saurais croire que ce soit tout à fait sain pour lui, — à moins, toutefois, que cela ne lui fasse aimer encore davantage son foyer domestique.

Et les torts les plus graves étaient de mon côté.

Je n’étais point emporté par une rafale de passion. J’allais de sang-froid à la découverte de cet Inferno sonder les misères insondables de la vie.

Pour les décrire, pour la somme insignifiante de trente dollars, je m’étais procuré plus de renseignements et plus de dégoûts que je n’en avais voulu, avec le droit de contempler une femme à moitié folle d’ivresse et de peur pendant le tiers d’une épouvantable nuit.

Les plus grands torts étaient de mon côté.