Je vis Kate la Corinthienne saisir la moustiquaire pour se soutenir, chose horrible et offensante à la face du jour immaculé.

Je l’entendis jurer d’une voix épaisse et confuse, comme je n’ai jamais entendu un homme jurer, et je m’étonnai que la maison ne tombât pas, frappée de la foudre, sur nos têtes.

Sa compagne s’interposa, mais fut engloutie sous un torrent de blasphèmes, et la demi-douzaine de petits chiens qui infestaient la pièce s’esquivèrent d’eux-mêmes hors la portée des mains ou des pieds de Kate la Corinthienne.

Le fait que la femme était belle ne servait qu’à empirer la situation.

Sa compagne se laissa tomber frissonnante sur un des canapés.

Kate se balançait de droite et de gauche, jurait après Dieu, après les hommes, après le ciel et la terre à pleines lèvres.

Si Alma-Tadema avait pu la peindre, — cette combinaison de blanc, de cheveux noirs, d’yeux étincelants, et les pieds nus, — nous aurions vu le vrai portrait de l’éternelle Prêtresse de l’humanité.

Peut-être aurait-elle été mieux personnifiée encore, quand la colère de Kate fut éteinte et qu’elle allait trébuchant par la pièce, soulevant un verre à champagne bien au-dessus de sa tête, réclamant à grands cris, à dix heures du matin, une nouvelle tournée de l’infâme breuvage qui empoisonnait l’atmosphère dans toute la maison.

Elle but son liquide et les deux femmes s’assirent pour le partager.

Ce fut leur déjeuner.