Naturellement, l’armement complet en canons n’est point arrivé.
Même dans l’Inde, on ne saurait armer des forts sans artilleurs exercés.
Mais le déjeuner à l’abord d’un rocher était plus intéressant que la défense coloniale. On n’est pas en état de parler politique quand on a le ventre vide.
Notre unique journée de beau temps finit par du vent et de la pluie sur les assiettes vides, et la marche à travers les terres commença.
Lorsque l’esquif eut à demi disparu dans la buée, nous passâmes le long des champs de canne à sucre et de troupeaux de gros cochons, le long du morne cimetière des soldats sur la côte.
On traversa une étendue de lande, et on finit par rencontrer une route de montagne qui dominait la mer.
Les perspectives se mouvaient, changeaient comme dans un kaléidoscope.
Tout d’abord, ce fut une croupe rugueuse, toute semée de touffes ruisselantes, sans qu’on vît rien au-dessus, ni au-dessous, ni aux alentours, sinon du brouillard et les lances raides de la pluie. Puis, une route rouge balayée par de l’eau qui tombait dans l’inconnu. Puis, une combe, aux murs presque aussi droits que ceux d’une maison, au fond de laquelle se glissait la mer, verte comme du jade. Puis, une vue sur une baie, un banc de sable blanc, enfin une jonque à voilure rouge qui louvoyait sous les rafales. Enfin, plus rien que de la roche mouillée et des fougères, et la voix du tonnerre bondissant de cime en cime.
La route, revenant vers l’intérieur des terres, nous ramena près des bois de pins de Theog et des rhododendrons — mais on les appelait des azaléas — de Simla et la pluie ne cessait de tomber, comme si on eût été au mois de juillet dans les collines et non au mois d’avril à Hong-Kong.
Une armée envahissante marchant sur Victoria aurait eu bien de la peine, même si la pluie n’était pas tombée.