— Et vous ? Vous commandez ici pour cinq ans, n’est-ce pas ?

— Oh ! non, au bout de dix-huit mois, il me faudra partir. Je ne tiens pas à rester collé ici. Pour mon compte j’ai d’autres idées, dit le général, enjambant des éboulis pour aller jusqu’à son déjeuner.

Et c’était justement ce qu’il y avait de pire.

Un excellent général qui venait aider à parachever les fortifications, un œil sur Hong-Kong, et l’autre, l’œil droit, sur l’Angleterre.

Il serait plus qu’un homme, s’il ne troquait son commandement et ses instructions pour le commandement d’une brigade dans la première bagarre qu’aurait l’Angleterre.

Il redouterait de rester trop longtemps perdu au loin. Il craindrait de se trouver trop en dehors du courant… et…

Eh bien ! Nous sommes justement comme cela dans l’Inde, et il n’y a pas le moindre espoir de lever une légion perdue pour le service colonial,… une légion composée d’hommes qui accompliraient leur tâche au même endroit sans jamais le quitter et n’auraient jamais d’autre perspective.

Mais souvenez-vous que Hong-Kong, avec cinq millions de tonnes de charbon, cinq milles de quais d’embarquement, de docks, de jetées, son énorme importance comme cité, son commerce de quarante millions, et les plus charmantes parties de pique-nique qu’on puisse voir, a besoin de trois mille hommes… et elle ne les obtiendra point.

Elle a deux batteries d’artillerie de garnison, un régiment, un tas d’artilleurs lascars, à peu près assez pour empêcher les canons de se rouiller sur leurs affûts.

Il y a trois forts sur une île, — l’Ile du Tailleur de pierres — entre Hong-Kong et le continent, trois forts sur l’île même d’Hong-Kong et trois ou quatre autres éparpillés çà et là.