— Quel régiment ?

— Le 92e, il me semble, répondit le général, mais c’était au temps jadis, vers mil huit cent soixante. Je crois qu’on mit en garnison ici quantité de troupes et que l’on construisit des casernes en cet endroit, mais la fièvre fit périr les hommes comme des mouches. N’est-ce pas un lieu de désolation ?

Mon esprit se reporta vers un cimetière négligé, à un jet de pierre du tombeau de Jehangir, dans les jardins de Shalimar, où les bestiaux et le bouvier voient le lieu de repos suprême des premières troupes qui occupèrent Lahore.

Nous sommes un grand peuple, un peuple très fort, mais nous avons bâti notre Empire bien coûteusement avec les os des hommes qui sont morts de maladie.

— Mais parlez-nous des fortifications, général. Est-il vrai que… etc…, etc. ?

— Les fortifications sont très suffisantes telles que les voilà. Ce qu’il nous faut, ce sont des hommes.

— Combien ?

— Mettons trois mille pour l’Ile. C’est assez pour arrêter toute expédition qui pourrait survenir. Regardez toutes ces petites baies et criques. Il y a vingt endroits derrière l’Ile, où l’on pourrait débarquer des hommes et causer bien des désagréments à Hong-Kong.

— Mais, hasardai-je, n’est-il pas théoriquement admis que notre flotte devrait arrêter toute expédition avant qu’elle parvînt ici ?… tandis qu’on suppose que les forts ont pour but d’empêcher que le passage ne soit coupé, qu’un bombardement ne soit exécuté, que la ville ne soit mise à contribution par un ou deux vaisseaux de ligne détachés.

— Si vous partez de cette théorie, dit le général, les navires de guerre devraient aussi être arrêtés par notre flotte. Tout cela, ce sont des sottises. Si une puissance quelconque parvient à jeter des troupes ici, il faudra que vous ayez des troupes pour les chasser, et… ne désirons-nous pas d’en avoir ?