Il connaît tous les navires, tous les capitaines, et une bonne proportion des hommes.
Il est séparé de la foule par une forte barrière de bois derrière laquelle sont rassemblés les sans-travail de la marine marchande.
Ils ont fait leur noce, — les pauvres diables, et maintenant ils consentent à reprendre la mer à un salaire qui peut descendre jusqu’à trois livres dix par mois, et qu’ils jetteront à la fin dans quelque mauvais lieu de Shanghaï, dans quelque enfer de San-Francisco.
Ils ont tourné le dos aux séductions des pensions d’Howrah et aux délices de Colootollah.
Si le Destin le veut, la maison du Rossignol ne les connaîtra plus de la saison.
Mais quel armateur voudra de ces épaves battues, ruinées, qui ont les mains tremblantes et les yeux rougis ?
Entre soudain un capitaine barbu qui a fait son choix la veille dans le troupeau, et maintenant vient faire signer ses hommes.
Il n’est pas difficile dans son choix.
Ses onze hommes ont l’air d’une troupe bien dure à manier pour cet homme au regard doux, au langage civil. Mais le capitaine à l’office d’embarquement et le capitaine à son bord sont deux personnages distincts.
Il amène son équipage à la barre du Sous-Embarqueur et lui fait passer leurs congés tachés de graisse et froissés.