Calcutta offre des espérances trompeuses de quelque compensation.

La fumée dense forme un nuage bas, dans la fraîcheur glaciale des matins, sur un océan de toits, et à mesure que la cité s’éveille, il monte vers cette fumée un ronflement grave, sonore de vie, de mouvement, de masse humaine.

Aussi, quiconque voit Calcutta pour la première fois, met joyeusement le nez hors du tikka-gharri[1], flaire la fumée et tourne la figure vers la cohue.

[1] Fiacre de place.

Il se dit :

— Voilà enfin une parcelle de mon héritage qui me rentre. Voilà une Cité : il y a de la vie ici et, le fleuve passé, sous la fumée il y aura mille choses agréables à posséder.

Cette litanie dit bien des choses et décrit exactement les premières émotions d’un sauvage vagabond, échoué à Calcutta.

L’œil a perdu son instinct des proportions. Le foyer est raccourci par l’effet d’une résidence trop prolongée dans les stations du haut pays — vingt minutes de trot pour aller de l’hôpital au terrain de manœuvres, — et l’esprit a subi le même rétrécissement que le champ visuel.

Tous deux disent ensemble en prenant mesure du mouvement naval, au dessus et au dessous du pont de l’Hughli :

— Tiens ! mais c’est Londres ! Voici les Docks. Voici qui est impérial ! Voici un coup d’œil qui méritait bien le voyage de l’Inde.