— Vous en avez déserté ?

— Oui, mais il a quitté le port.

Le Sous-Embarqueur parcourt rapidement une liste de départ et la jette avec un coup de poing.

— Ça n’est pas exact. Pas de navire allemand nommé Haïdée ici, depuis trois mois. Est-ce que je sais si vous ne faites pas partie de l’équipage du Jackson ?… Capitaine, je crains que vous n’ayez à enrôler un autre homme. Celui-là doit être écarté. Prenez les autres et faites-les signer.

Bassompra, l’homme aux petits yeux, paraît avoir perdu sa chance d’embarquement.

On fera une enquête sur son cas.

Le capitaine rassemble ses hommes qui signent le contrat, pendant que le Sous-Embarqueur fait d’étranges récits sur la vie du marin.

— Ils sont gens à abandonner un bon vaisseau rien que pour faire une noce, et ensuite s’embaucher pour trois livres dix, et puis, par Jupiter, les pauvres diables ne se laissent-ils pas payer par l’armateur sur le pied de dix roupies au souverain ! Aussitôt que l’argent est parti, ils cherchent à s’embaucher, mais pas avant. Ici tout le monde s’engage, au-dessous du grade de capitaine. La concurrence fait parfois qu’on embarque des premiers matelots pour cinq livres, et même à quatre livres par mois.

Comme vous le voyez, le gentleman de la pension avait raison.

Les gages d’un premier matelot sont sept livres dix ou huit livres, et les capitaines étrangers s’embarquent pour douze livres par mois et fournissent un petit équipement, c’est-à-dire tout, excepté le bœuf, les pois, la farine, le café, la mélasse.