Voici le Papa avec un chapeau noir reluisant, tel qu’il convient à un Conseiller de la Reine, et la Maman dont la robe de soie se colle sur son imposante personne, et la Nichée, composée de bambins en chapeaux de paille, aux joues olivâtres, aux yeux vifs, et de jeunes personnes aux longues jambes, avec des bas blancs à jour bien faits pour mettre en valeur la poussière.

Voilà des jeunes gens qui fument de mauvais cigares, et prennent des airs de lords, — ceux du moins qui ont de la galette.

Voilà aussi des jeunes femmes aux beaux yeux et aux merveilleuses toilettes qui leur vont si étonnamment mal. Elles portent des livres de prière ou des paniers parce que les unes vont à la messe et les autres au marché.

C’est la population de l’Inde, à n’en pas douter.

Ils y sont nés. Ils y ont été élevés. Ils y mourront.

Quant à l’Anglais, il ne fait qu’y venir. Naturellement l’indigène y était dès l’origine, mais ces gens-là y ont été fabriqués, et tout ce qu’on a fait pour eux, c’est de parler et d’écrire sur eux.

Et pourtant il en est parmi eux qui appartiennent à d’anciennes et honorables familles, qui ont des maisons à Sealdah ; il en est de riches dans le nombre.

Tous ont l’air prospère et satisfait. Ils babillent ensemble dans ce curieux dialecte qu’on n’est pas encore arrivé à imprimer.

A l’exception du peu qu’il leur plaît d’en révéler de temps à autre dans les journaux, nous ne savons rien de leur genre de vie, de cette vie en contact si intime d’un côté avec les Blancs, et de l’autre avec les Noirs.

Elle doit être intéressante, plus intéressante que l’incolore produit anglo-indien, mais qui en a traité ?