Pyrame porte une canne où sont incrustées des imitations de ciselures en argent, et ses bottines ont des bouts en étoffe, mais son faux col a deux jours de date.
Thisbé couronne sa noire chevelure d’un chapeau mou en velours bleu, mais il manque un bouton à l’une de ses bottines, et le gant de sa main gauche a une déchirure.
Maman, qui dédaigne les gants, se hâte d’emplir un panier à fond plat, que porte le domestique coolie, de légumes, de pommes de terre, d’aubergines et — ô Pyrame, vous arrive-t-il d’embrasser Thisbé quand Maman n’est pas là ? — d’ail. Oui, Maman a des vues larges en matière d’ail.
Pyrame tourne l’angle de l’étal, en paraissant ne regarder personne en particulier, — il s’en garderait bien — et il est avec Maman d’une politesse recherchée.
De façon ou d’autre, lui et Thisbé s’en vont ensemble à la dérive, et Maman très imposante, très loquace, est abandonnée à ses marchandages, tout entière à sa tâche de faire son choix, de marchander et de s’approvisionner.
Au nom des Unités sacrées, gardez-vous, jeunes gens, de vous retirer dans les étals de boucherie pour échanger des confidences. Réservez ce sacrifice pour le temps où les roses arrivent en grandes corbeilles plates, où l’air est tout imprégné du parfum des fleurs, où les jeunes boutons et les plantes vertes encombrent le sol.
Ils ne s’en soucient pas. Ils préfèrent causer dans le voisinage des moutons morts, prosaïques là où les acheteurs sont moins nombreux.
Thisbé secoue le feutre mou de velours bleu, et dit, d’un ton dédaigneux :
— Aoh ! yes !
Et Pyrame de répondre :