Mais l’histoire de la Mission en est une assez longue, et la place me manque pour montrer comment Justus, oubliant le manque de tact de son prédécesseur, frappa sans ménagement Moto, le mari de Matui, à cause de sa cruauté, comment Moto fut atterré, mais, une fois revenu de la crainte de mourir sur l’heure, reprit courage et devint le fidèle allié et le premier converti de Justus ; comment la petite assemblée grossit, à l’incommensurable dégoût d’Athon Dazé ; comment le prêtre du Dieu des Choses Telles qu’Elles Sont eut une discussion subtile avec le prêtre du Dieu des Choses Telles qu’Elles Devraient Être, et succomba ; comment les redevances du temple de Dungara tombèrent à la volaille, au poisson et au gâteau de miel ; comment Lotta allégea la Malédiction d’Ève pour les femmes, et comment Justus fit de son mieux pour introduire la malédiction d’Adam ; comment les Buria Kol, là-dessus, se rebellèrent, en déclarant que leur Dieu était un Dieu fainéant, et comment Justus, surmontant une partie de leurs scrupules, leur enseigna que la bonne terre brune était riche d’autre chose que de châtaignes.

Tout cela, c’est l’histoire d’un certain nombre de mois, et durant tous ces mois-là, le noir aux cheveux blancs, qui avait nom Athon Dazé, ne cessa de méditer vengeance pour l’oubli dont Dungara était l’objet de la part de la tribu. Avec toute la ruse d’un sauvage il feignit l’amitié vis-à-vis de Justus, allant jusqu’à faire allusion à sa propre conversion ; mais à la congrégation de Dungara il déclara sourdement :

« Ceux du troupeau du Padri se sont mis à porter des vêtements et adorent un Dieu travailleur. C’est pourquoi Dungara les châtiera durement, au point de les envoyer se jeter tout hurlants dans les eaux de la Berbulda. »

Durant la nuit, la défense d’Éléphant Rouge gronda et mugit dans la montagne, et les ouailles s’éveillèrent et dirent :

« Le Dieu des Choses Telles qu’Elles Sont mûrit sa vengeance contre les apostats. Sois miséricordieux, Dungara, vis-à-vis de nous, tes enfants, et donne-nous toutes leurs récoltes ! »

Au temps avancé de la saison froide, le percepteur en personne et sa femme vinrent au pays des Buria Kol.

« Allez donc jeter un coup d’œil sur la mission de Krenk, dit Gallio. Il est en train de faire d’assez bonne besogne, à sa façon de voir, et je crois que cela lui ferait plaisir si vous inauguriez la chapelle de bambou qu’il est parvenu à bâcler. En tout cas, vous verrez un Buria Kol civilisé. »

Grand fut le remue-ménage à la mission.

« Bour lors, Monsieur le Bercebdeur et sa cracieuse tame ferront te leurs yeux que nous afons vait te la ponne pesogne, et… foui… nous lui mondrerons nos confertis sous les fêtements neufs qu’ils ont convectionnés te leurs mains. Ce sera une crande vête — touchours, cela ba sans tire, pour la cloire tu Seigneur », déclara Justus.

Et Lotta d’ajouter :