Elle fit volte-face et se précipita dans la Berbulda, sur quoi la trompette de Dungara beugla de triomphe. Le dernier des convertis de la Mission Tubingen avait mis un quart de mille de rivière torrentueuse entre lui et ses maîtres.

« Hier, dit Justus avec un sanglot dans la voix, elle abbrenait l’A. P. C. T. à l’école… Oh ! C’est l’œufre de Satan ! »

Mais Gallio était en train de regarder avec curiosité le petit jupon de la jeune fille, tombé là, à ses pieds. Il tâta le tissu, remonta la manche de sa propre chemise au-dessus de la ligne fortement bronzée de son poignet, et là, contre la chair, pressa un pli de l’étoffe. Une ampoule d’un rouge enflammé parut sur la peau blanche.

« Ah ! fit Gallio avec calme. Je m’en doutais.

— Qu’est-ce tonc ? demanda Justus.

— Moi, j’appellerais cela la Chemise de Nessus, mais… où vous êtes-vous procuré la fibre de ce tissu ?

— C’est Athon Dazé, répondit Justus. Il a montré aux carçons gomment la vabriquer.

— Le vieux renard ! Savez-vous qu’il vous a donné l’ortie de Nilgiri — dite bichua scorpion — la Girardenia heterophylla — à travailler. Pas étonnant s’ils se tortillaient ! Mais, cela pique même quand on en fait des cordes de pont, si on ne le laisse tremper durant six semaines. Le madré compère ! Une demi-heure environ devait suffire pour traverser leur épais épiderme, et alors…! »

Gallio partit d’un éclat de rire, mais Lotta pleurait dans les bras de la femme du percepteur, et Justus s’était de ses mains couvert le visage.

« La Girardenia heterophylla ! répéta Gallio. Krenk, pourquoi ne m’en avoir pas parlé ? Je vous eusse épargné tout cela. Du feu tissé ! Il fallait un Buria Kol en sa simplicité pour ne pas le savoir, et, si je suis bon juge en ce qui les concerne, vous ne les ramènerez jamais. »