La Nouvelle Mariée et le Nouveau Marié sortirent dans la véranda après dîner, afin que la fumée des cheroots de Georgie Porgie ne demeurât pas suspendue dans les rideaux neufs du salon.

« Qu’est-ce qu’on entend là en bas ? » demanda la Nouvelle Mariée.

Ils écoutèrent tous deux.

« Oh, répondit Georgie Porgie, je suppose que c’est quelque brute de montagnard qui aura battu sa femme.

— Bat-tu-sa-femme ! L’horreur ! fit la Nouvelle Mariée. Imaginez que vous me battiez, moi !

Elle passa le bras autour de la taille de son mari, et, s’appuyant la tête contre son épaule, regarda de l’autre côté de la vallée remplie de nuages, en plein contentement, en pleine sécurité.

Mais c’était Georgina qui pleurait, toute seule, au pied du versant, parmi les pierres du cours d’eau où les blanchisseurs lavent les vêtements.

WILTON SARGENT… AMÉRICAIN

Il n’avait pas trente ans qu’il se découvrit sans camarades pour faire joujou. Quoiqu’il eût à son actif la fortune de trois générations de bûcheurs ; quoiqu’il eût, en matière de livres, reliures, tapis, épées, bronzes, laques, tableaux, argenterie, statues, chevaux, serres chaudes et agriculture des goûts catholiques et d’homme cultivé, l’opinion publique de son pays voulait savoir pourquoi il n’allait pas chaque jour au bureau, comme le faisait son père avant lui.

Aussi prit-il ses jambes à son cou, et hurla-t-on derrière lui que c’était un anglomaniaque, dépourvu de tout patriotisme, né pour consommer, en un mot quelqu’un qui manquait totalement d’esprit de solidarité. Il portait un monocle ; il avait construit un mur tout autour de sa maison de campagne, mur pourvu d’une haute porte qui fermait, au lieu de convier l’Amérique à s’asseoir dans ses plates-bandes ; il commandait ses vêtements en Angleterre ; et la presse de sa ville natale le maudit, depuis son monocle jusqu’à ses culottes, durant deux jours consécutifs.