— Il y a que vous, ou Howard en votre nom, auriez fait stopper le train du Nord de trois heures quarante.

— A qui le dites-vous ! Ils étaient tous après moi, depuis le conducteur de la machine.

— Mais, c’est le train de trois heures quarante — l’« Induna » — vous avez sûrement entendu parler de l’« Induna » de la Great Buchonian ?

— Comment diable pourrais-je reconnaître un train d’un autre ! Il s’en amène un à peu près toutes les deux minutes.

— Fort vrai. Mais il se trouve que c’est l’« Induna », le seul, l’unique train de toute la ligne. Il est réglé à quatre-vingt-dix kilomètres à l’heure. Il fut inauguré vers 1860, et ne s’est jamais vu dans l’obligation de stopper…

— Ah oui, je sais ! Depuis l’arrivée de Guillaume le Conquérant ou depuis que le roi Charles se cacha dans la cheminée de la locomotive. Vous ne valez pas mieux que le reste de ces insulaires. S’il est en marche depuis ce temps-là, il est temps qu’on l’arrête une fois de temps à autre. »

L’Américain commençait à suinter par tous les pores chez Wilton, et ses petites mains nerveuses s’agitaient sans repos :

« Supposez que vous arrêtiez l’Empire State Express, ou le Western Cyclone.

— Supposons que je l’aie fait. Je connais Otis Harvey — ou l’ai connu. Je lui enverrais un télégramme, et il comprendrait que je n’avais pas autre chose à faire. C’est précisément ce que j’ai dit à la compagnie fossile dont il s’agit.

— Vous avez donc répondu à leurs lettres sans prendre l’avis d’un homme de loi ?