— Certainement. Il en a hérité de son père, Mr. Sargent, un Américain.

— Et fier de l’être, dit Wilton, comme s’il fût un sénateur de San Francisco lâché sur l’Europe pour la première fois.

— Mon cher monsieur, dit l’homme de loi, en faisant mine de se lever, pourquoi n’avoir pas donné à la compagnie connaissance de ce fait — de ce fait vital — dès le début de notre correspondance ? Nous eussions compris. Nous eussions fait la part des choses.

— Au diable votre part des choses ! Est-ce que vous me prenez pour un Peau-Rouge ou pour un aliéné ? »

Les deux hommes baissèrent la tête.

« Si l’ami de Mr. Sargent eût commencé par nous faire part de cela, dit le médecin, d’un ton fort sévère, les choses n’eussent pas pris cette tournure. »

Hélas ! je m’étais fait de ce médecin un ennemi pour la vie.

« Vous ne m’en avez pas fourni l’occasion, repartis-je. Maintenant, il est clair, vous comprenez, qu’un homme qui possède plusieurs milliers de milles de voie ferrée, comme Mr. Sargent, est disposé à traiter les chemins de fer plus cavalièrement que le commun des mortels.

— Naturellement, naturellement. Monsieur est Américain ; tout s’explique. Toutefois, il s’agissait de l’Induna ; mais je comprends fort bien que les habitudes de nos cousins d’outre-mer diffèrent des nôtres en ces matières. Dites-moi, arrêtez-vous toujours les trains comme cela, aux États-Unis, Mr. Sargent ?

— Je le ferais si l’occasion s’en présentait ; mais je n’ai jamais encore eu à le faire. Allez-vous prendre cela comme base de complications internationales ?