— Aux yeux des Bhils sauvages, qu’est-ce que cela signifie ?
— Ils ne savent pas. Ils attendent. Sahib, qu’est-ce qui s’annonce ? Ne dis rien qu’un petit mot, et nous serons contents.
— Nous ? Qu’ont à faire avec des soldats des contes venant du Sud, où habitent les Bhils de jungle ?
— Lorsque Jan Chinn s’éveille, ce n’est pour aucun Bhil le moment de s’endormir.
— Mais il ne s’est pas éveillé, Bukta.
— Sahib (les yeux du vieillard étaient pleins de tendre reproche), s’il ne désire pas qu’on le voie, pourquoi s’en va-t-il courir au clair de lune ? Nous savons qu’il est réveillé, mais nous ne savons pas ce qu’il désire. Est-ce un signe pour tous les Bhils, ou en est-ce un qui ne concerne que les gens des Satpuras ? Ne dis rien qu’un petit mot, Sahib, que je puisse porter à la caserne et envoyer à nos villages. Pourquoi Jan Chinn sort-il ? Qui donc a fait du mal ? Est-ce la peste ? Est-ce l’épizootie ? Nos enfants vont-ils mourir ? Est-ce la guerre ? Souviens-t’en, Sahib, nous sommes ton peuple et tes serviteurs, et en cette vie je t’ai porté dans mes bras — sans savoir.
— Bukta, évidemment, a caressé la bouteille, ce soir, pensa Chinn ; mais si je peux faire quelque chose pour rassurer le vieux brave, je le dois. Cela ressemble en petit aux rumeurs qui précédèrent le soulèvement. »
Il se laissa choir au fond d’un fauteuil d’osier, sur lequel était jetée sa première peau de tigre, et, en pesant sur le coussin, fit retomber les pattes armées de griffes par-dessus ses épaules. Il s’en saisit machinalement tout en parlant, et attira autour de lui, à la façon d’un manteau, la dépouille aux superbes couleurs.
« Maintenant je vais dire la vérité, Bukta, dit-il, en se penchant en avant, le mufle desséché du monstre sur l’épaule afin d’inventer un mensonge qui tînt debout.
— Je vois bien que c’est la vérité, lui fut-il répondu d’une voix tremblante.