— Jan Chinn sort dans les Satpuras, à cheval sur le Tigre Nébuleux, dites-vous ? Soit. En conséquence, le signe de l’événement ne concerne que les Bhils des Satpuras, et ne touche en rien les Bhils qui labourent dans le nord et l’est, les Bhils du Khandesh, ou n’importe quels autres. Il ne s’agit que des Bhils des Satpuras, qui, nous le savons, sont aussi sauvages que sots.
— Alors, c’est un signe pour eux ? Bon ou mauvais ?
— Point de doute, bon. Car pourquoi Jan Chinn irait-il faire du mal à ceux dont il a fait des hommes ? Les nuits par là-haut sont chaudes ; c’est mauvais de reposer trop longtemps dans le même lit sans se retourner, et Jan Chinn voulait revoir son peuple. Aussi se lève-t-il, siffle-t-il son Tigre Nébuleux, et sort-il un peu pour respirer l’air frais. Si les Bhils des Satpuras restaient dans leurs villages au lieu de s’en aller vagabonder la nuit, ils ne le verraient pas. Oui-da, Bukta, c’est tout simplement qu’il veut respirer de nouveau l’air de son pays. Fais-le savoir dans le sud, et dis que c’est mon ordre. »
Bukta s’inclina jusqu’à terre :
« Juste ciel ! pensa Chinn. Et ce païen aux yeux clignotants est un officier de première classe, et carré comme un dé. Pendant que j’y suis, aussi bien en finir. »
Il poursuivit :
« Si les Bhils des Satpuras demandent l’explication du signe, dis-leur que Jan Chinn veut voir s’ils tiennent les promesses qu’ils ont faites jadis de bien se conduire. Peut-être ont-ils pillé, peut-être ont-ils l’intention de désobéir aux ordres du gouvernement, peut-être y a-t-il quelque cadavre dans la jungle, et est-ce pourquoi Jan Chinn est venu voir.
— Serait-il donc en colère ?
— Bah ! Suis-je jamais en colère, moi, avec mes Bhils ? Je dis des mots en colère, et menace de beaucoup de choses. Toi, tu le sais, Bukta. Je t’ai vu sourire derrière ta main. Nous le savons tous deux. Les Bhils sont mes enfants. Je l’ai déclaré maintes fois.
— Oui, nous sommes tes enfants, dit Bukta.