Le Chaudronnier est un oiseau qui fait un bruit absolument semblable au coup d’un petit marteau sur un vase de cuivre; et s’il fait toujours ce bruit, c’est qu’il est le crieur public de tout jardin hindou, et qu’il raconte les nouvelles à ceux qui veulent bien l’entendre.
Lorsque Rikki-tikki remonta le sentier, il l’entendit préluder les notes de son «garde-à-vous» comme un de ces petits gongs sur lesquels on annonce le dîner, puis, le monotone «Ding-dong-tock! Nag est mort... dong! Nagaina est morte! Ding-dong-tock!» A ce signal tous les oiseaux se mirent à chanter dans le jardin, et les grenouilles à coasser; car Nag et Nagaina avaient l’habitude de manger les grenouilles aussi bien que les oiseaux.
Lorsque Rikki regagna la maison, Teddy et la mère de Teddy (elle avait encore l’air très pâle, car elle s’était évanouie) et le père de Teddy sortirent à sa rencontre, et pleurèrent presque d’attendrissement sur lui. Ce soir-là, il mangea tout ce qu’on lui donna, jusqu’à ne pouvoir manger davantage, et il alla au lit, porté sur l’épaule de Teddy, où la mère de Teddy le trouva encore lorsqu’elle vint le revoir plus tard, au courant de la nuit.
—Il nous a sauvé la vie et celle de notre fils, dit-elle à son mari. Y songez-vous?... Il nous a sauvé la vie à tous.
Rikki-tikki se réveilla en sursaut, car les mangoustes dorment légèrement.
—Oh, c’est vous, dit-il. De quoi vous tourmentez-vous? Tous les cobras sont morts; et s’il en restait..., je suis là.
Rikki-tikki pouvait à bon droit être fier de lui; mais il n’en devint pas trop fier, et il garda ce jardin, dorénavant, en vraie mangouste... de la dent et du jarret, si bien que jamais un cobra n’osa montrer sa tête à l’intérieur des murs.
L’ODE DE DARZEE
(Chantée en l’honneur de Rikki-tikki-tavi)