—Le Peuple Libre, qu’a-t-il à faire d’un petit d’homme?

Or, la Loi de la Jungle, en cas de dispute sur les droits d’un petit à l’acceptation du clan, exige que deux membres au moins du clan, qui ne soient ni son père ni sa mère, prennent la parole en sa faveur.

—Qui parle pour ce petit? dit Akela. Dans le Peuple Libre, qui parle?

Il n’y eut pas de réponse, et mère Louve s’apprêtait pour ce qui serait son dernier combat, elle le savait bien, s’il fallait en venir à combattre. Alors, le seul étranger qui soit admis au conseil du clan—Baloo, l’ours brun endormi, qui enseigne aux petits loups la Loi de la Jungle, le vieux Baloo qui peut aller et venir partout où il lui plaît, parce qu’il mange uniquement des noix, des racines et du miel—se leva sur son séant et grogna.

—Le petit d’homme... le petit d’homme?... dit-il. C’est moi qui parle pour le petit d’homme. Il n’y a pas de mal dans un petit d’homme. Je n’ai pas le don de la parole, mais je dis la vérité. Laissez-le courir avec le clan, et qu’on l’enrôle parmi les autres. C’est moi-même qui lui donnerai des leçons.

—Nous avons encore besoin d’un autre, dit Akela. Baloo a parlé, et c’est lui qui enseigne nos petits. Qui parle avec Baloo?

Une ombre tomba au milieu du cercle. C’était Bagheera, la panthère noire. Sa robe est tout entière noire comme de l’encre, mais les marques de la panthère y affleurent, sous certains jours, comme font les reflets de la moire. Chacun connaissait Bagheera, et personne ne se souciait d’aller à l’encontre de ses desseins, car elle était aussi rusée que Tabaqui, aussi hardie que le buffle sauvage et aussi intrépide que l’éléphant blessé. Mais sa voix était plus suave que le miel sauvage, qui tombe goutte à goutte des arbres, et sa peau plus douce que le duvet.

—O Akela, et vous, Peuple Libre! ronronna-t-elle, je n’ai aucun droit dans votre assemblée. Mais la Loi de la Jungle dit que, s’il s’élève un doute, dans une affaire où il ne soit pas question de meurtre, à propos d’un nouveau petit, la vie de ce petit peut être rachetée moyennant un prix. Et la Loi ne dit pas qui a droit ou non de payer ce prix. Ai-je raison?

—Très bien! très bien!—firent les jeunes loups qui ont toujours faim.—Écoutons Bagheera. Le petit peut être racheté. C’est la Loi.

—Sachant que je n’ai aucun droit de parler ici, je demande votre permission.