—Que vous importe qui tire par-dessus vous? répondit le chameau. Il y a beaucoup d’hommes et beaucoup de chameaux tout près, et des masses de fumée. Je n’ai pas peur alors. Je reste tranquille, et j’attends.

—Et cependant, dit Billy, vous faites de mauvais rêves, et vous bouleversez le camp la nuit... Eh bien! Avant que je m’étende... je ne parle pas de me coucher... et que je laisse un homme tirer par-dessus mon corps, mes talons et sa tête auraient quelque chose à se dire. A-t-on jamais entendu parler de quelque chose de pareil?

Il y eut un long silence. Puis, un des bœufs de batterie leva sa grosse tête pour dire:

—Tout cela est vraiment fort absurde. Il n’y a qu’une manière de combattre.

—Oh, allez-y, dit Billy. Je vous en prie, ne faites pas attention à moi. Je suppose que vous autres, vous combattez en vous tenant debout sur la queue?

—Une seule manière,—dirent-ils tous deux ensemble. (Ils devaient être jumeaux).—La voici: Mettre nos vingt attelages au gros canon aussitôt que Double-Queue commence à trompeter. (Double-Queue est le nom d’argot de camp par lequel on désigne l’éléphant.)

—Pourquoi Double-Queue trompette-t-il? demanda le jeune mulet.

—Pour déclarer qu’il n’ira pas plus près de la fumée en face... Double-Queue est un grand poltron... Alors nous tirons tous ensemble le gros canon... Heya Hullah! Heeyah! Hullah! Nous ne grimpons pas comme des chats ni ne courons comme des veaux. Nous allons à travers la plaine unie, les vingt jougs à la fois, jusqu’à ce qu’on nous dételle; puis, nous paissons tandis que les gros canons causent à travers la plaine avec quelque ville derrière des murs de terre. Et des morceaux de mur s’écroulent, et la poussière s’élève comme si là-bas de grands troupeaux rentraient à l’étable.

—Oh! Et vous choisissez ce moment pour paître? dit le jeune mulet.

—Ce moment ou un autre. Manger est toujours bon. Nous mangeons jusqu’à ce qu’on nous remette le joug, et tirons de nouveau le canon pour revenir où Double-Queue l’attend. Parfois, il y a dans la ville de gros canons qui répondent, et quelques-uns d’entre nous sont tués, mais alors, il y a plus à paître pour ceux qui restent. C’est le Destin.... rien autre que le Destin... N’importe, Double-Queue est un grand poltron. Voilà la vraie manière de combattre... Nous sommes deux frères, nous venons de Hapur. Notre père était un taureau sacré de Shiva. Nous avons dit.