—Par la Serrure brisée qui m’a faite libre, j’en suis sûre, petit frère!
—Alors, par le Taureau qui me racheta! je payerai à Shere Khan ce que je lui dois, honnêtement; il se peut même qu’il reçoive un peu plus que son compte.
Et Mowgli partit d’un bond.
—Voilà l’homme! Voilà bien l’homme—se dit la panthère à elle-même en se recouchant.—Oh! Shere Khan, tu n’as jamais fait chasse plus dangereuse que cette chasse à la grenouille, il y a dix ans!
Mowgli était déjà loin parmi la forêt, trottant ferme, et il sentait son cœur tout chaud dans sa poitrine. Il arriva à la caverne au moment où s’élevait le brouillard du soir; il reprit haleine et regarda en bas, dans la vallée. Les petits loups étaient sortis, mais la mère, au fond de la caverne, comprit à son souffle que quelque chose troublait sa grenouille.
—Qu’y a-t-il, fils? dit-elle.
—Des potins de chauve-souris à propos de Shere Khan! répondit-il. Je chasse en terre labourée, ce soir.
Et il plongea dans les broussailles pour gagner le cours d’eau, tout au fond de la vallée. Là, il s’arrêta, car il entendit les cris du clan en chasse, il entendit meugler un sambhur traqué, le râle de la bête aux abois. Puis montèrent des hurlements de dérision et de méchanceté: c’étaient les jeunes loups.
—Akela! Akela! Que le solitaire montre sa force!... Place au chef du clan! Saute, Akela!
Le solitaire dut sauter et manquer de prise, car Mowgli entendit le claquement de ses dents et un glapissement lorsque le sambhur, avec ses pieds de devant, le culbuta. Il ne resta pas à en écouter davantage, mais s’élança en avant; et les cris s’affaiblirent derrière lui à mesure qu’il se hâtait vers les terres cultivées où demeuraient les villageois.