—C’est Tabaqui, j’en suis sûr, qui lui aura donné l’idée! Il n’aurait jamais inventé cela tout seul.

Mowgli se tenait pensif, un doigt dans la bouche:

—Le grand ravin de la Waingunga..., il débouche sur la plaine à moins d’un demi-mille d’ici. Je peux tourner à travers la jungle, mener le troupeau jusqu’à l’entrée du ravin, et alors, en redescendant, balayer tout... mais il s’échappera par l’autre bout. Il nous faut boucher cette issue. Frère Gris, peux-tu me rendre le service de couper le troupeau en deux?

—Pas tout seul—peut-être... mais j’ai amené du renfort, quelqu’un de malin.

Frère Gris s’éloigna au trot, et se laissa tomber dans un trou. Alors, de ce trou se leva une énorme tête grise que Mowgli reconnut bien, et l’air chaud se remplit du cri le plus désolé de toute la jungle,... le hurlement de chasse d’un loup en plein midi.

—Akela! Akela! dit Mowgli, en battant des mains. J’aurais dû savoir que tu ne m’oublierais pas... Nous avons de la besogne sur les bras! Coupe le troupeau en deux, Akela. Retiens les vaches et les veaux d’une part, et les taureaux de l’autre avec les buffles de labour.

Les deux loups traversèrent en courant, de ci de là, comme à la chaîne des dames, le troupeau qui s’ébroua, leva la tête, et se sépara en deux masses.

D’un côté, les vaches, serrées autour de leurs veaux qui se pressaient au centre, lançaient des regards furieux et piaffaient, prêtes, si l’un des loups s’était arrêté un moment, à le charger et à l’écraser sous leurs sabots. De l’autre, les taureaux adultes et les jeunes s’ébrouaient aussi et frappaient du pied, mais, bien qu’ils parussent plus imposants, ils étaient beaucoup moins dangereux, car ils n’avaient pas de veaux à défendre. Six hommes n’auraient pu partager le troupeau si nettement.

—Quels ordres? haleta Akela. Ils essaient de se rejoindre.

Mowgli se hissa sur le dos de Rama: