Un jour enfin, il ne vit pas Frère Gris au poste convenu. Il rit et dirigea ses buffles vers le ravin proche de l’arbre dhâk, lequel était tout couvert de fleurs d’un rouge doré. Là se tenait Frère Gris, chaque poil du dos hérissé.
—Il s’est caché pendant un mois pour te mettre hors de tes gardes. Il a traversé les champs, la nuit dernière, avec Tabaqui, et suivi ta voie chaude, fit le Loup haletant.
Mowgli fronça les sourcils:
—Je n’ai pas peur de Shere Khan, mais Tabaqui sait plus d’un tour!
—N’aie pas peur,—dit Frère Gris, en se passant légèrement la langue sur les lèvres:—j’ai rencontré Tabaqui au lever du soleil; il enseigne maintenant sa science aux vautours... Mais il m’a tout raconté, à moi, avant que je lui casse les reins. Le plan de Shere Khan est de t’attendre à la barrière du village, ce soir..., de t’attendre, toi, et personne d’autre. En ce moment, il dort dans le grand ravin desséché de la Waingunga.
—A-t-il mangé aujourd’hui, ou chasse-t-il à vide? fit Mowgli.
Car la réponse, pour lui, signifiait vie ou mort.
—Il a tué à l’aube... un sanglier..., et il a bu aussi... Souviens-toi que Shere Khan ne peut jamais rester à jeun, même lorsqu’il s’agit de sa vengeance.
—Oh! le fou, le fou! Quel triple enfant cela fait!... Mangé et bu! Et il se figure que je vais attendre qu’il ait dormi!... A présent, où est-il couché, là-haut? Si nous étions seulement dix d’entre nous, nous pourrions en venir à bout tandis qu’il est couché. Mais ces buffles ne chargeront pas sans l’avoir éventé, et je ne sais pas leur langage. Pouvons-nous le tourner et trouver sa piste en arrière, de façon qu’il puissent la sentir?
—Il a descendu la Waingunga à la nage, de très loin en amont, pour couper la voie, dit Frère Gris.