—Je le lui ait dit, le jour où il fourra sa tête et ses épaules dans cette caverne, réclamant ta vie, petite grenouille..., je le lui ai dit, que le chasseur serait chassé. C’est bien fait.
—Bien fait, petit frère! dit une voix profonde qui venait du fourré. Nous étions seuls, dans la jungle, sans toi.
Et Bagheera vint en courant jusqu’aux pieds nus de Mowgli. Ils escaladèrent ensemble le Rocher du Conseil, Mowgli étendit la peau sur la pierre plate où Akela avait coutume de s’asseoir, et la fixa au moyen de quatre éclats de bambou; puis Akela se coucha dessus, et lança le vieil appel au Conseil: «Regardez, regardez bien, ô loups!» exactement comme il l’avait lancé quand Mowgli fut apporté là pour la première fois.
Depuis qu’Akela avait été déposé, le clan était resté sans chef, menant chasse et bataille selon son bon plaisir. Mais tous, par habitude, répondirent à l’appel: et quelques-uns boitaient pour être tombés dans des pièges, et d’autres traînaient une patte fracassée par un coup de feu, d’autres encore étaient galeux pour avoir mangé des nourritures immondes, et beaucoup manquaient. Mais ceux qui restaient vinrent au Rocher du Conseil, et là, ils virent la peau zébrée de Shere Khan étendue sur la pierre, et les énormes griffes qui pendaient au bout des pattes vides.
—Regardez bien, ô loups! Ai-je tenu parole? dit Mowgli.
Et les loups aboyèrent: Oui. Et l’un d’eux, tout déchiré de blessures, hurla:
—O Akela! conduis-nous de nouveau. O toi, petit d’homme! conduis-nous aussi: nous en avons assez, de vivre sans lois, et nous voudrions bien redevenir le Peuple Libre.
—Non, ronronna Bagheera, cela ne peut pas être. Quand vous serez repus, la folie peut vous reprendre. Ce n’est pas pour rien que vous êtes appelés le Peuple Libre. Vous avez lutté pour la liberté, elle vous appartient. Mangez-la, ô loups!
—Le clan des hommes et le clan des loups m’ont repoussé, dit Mowgli. Maintenant, je chasserai seul dans la jungle.
—Et nous chasserons avec toi! dirent les quatre louveteaux.