—Rentre vite, Messua. C’est une de ces fables ridicules qu’ils répètent sous le gros arbre, à la tombée de la nuit. Au moins, j’aurai payé la vie de ton fils. Adieu, et dépêche-toi, car je vais leur renvoyer le troupeau plus vite que n’arrivent leurs tessons. Je ne suis pas sorcier, Messua. Adieu!
—Maintenant, encore un effort. Akela,—cria-t-il. Fais rentrer le troupeau.
Les buffles n’avaient pas besoin d’être pressés pour regagner le village. Au premier hurlement d’Akela, ils chargèrent comme une trombe à travers la barrière, dispersant la foule de droite et de gauche.
—Faites votre compte, cria dédaigneusement Mowgli. J’en ai peut-être volé un. Comptez-les bien, car je ne serai plus jamais berger sur vos pâturages. Adieu, enfants des hommes, et remerciez Messua de ce que je ne viens pas avec mes loups vous pourchasser dans votre rue!
Il fit demi-tour, et s’en fut en compagnie du Loup solitaire; et, comme il regardait les étoiles, il se sentit heureux.
—J’en ai assez de dormir dans des trappes, Akela. Prenons la peau de Shere Khan, et allons-nous-en... Non, nous ne ferons pas de mal au village, car Messua fut bonne pour moi.
Quand la lune se leva, inondant la plaine d’une clarté de lait, les villageois, terrifiés, virent passer au loin Mowgli, avec deux loups sur les talons et un fardeau sur la tête, à ce trot soutenu des loups qui dévore les longs milles comme du feu. Alors, ils sonnèrent les cloches du temple et soufflèrent dans les conques plus fort que jamais; et Messua pleura; et Buldeo broda l’histoire de son aventure dans la jungle, finissant par raconter que le loup se tenait debout sur ses jambes de derrière et parlait comme un homme.
La lune allait se coucher quand Mowgli et les deux loups arrivèrent à la colline du Conseil; ils firent halte à la caverne de mère Louve.
—On m’a chassé du clan des hommes, mère! héla Mowgli, mais je reviens avec la peau de Shere Khan: j’ai tenu parole.
Mère Louve sortit d’un pas raide, ses petits derrière elle, et ses yeux s’allumèrent lorsqu’elle aperçut la peau.