—Je ne l’ai pas pris, dit Kotick, il a poussé tout seul. Et, au moment où il allait rouler son interlocuteur, deux hommes à cheveux noirs, à faces rougeaudes et plates, sortirent de derrière une dune, et Kotick, qui n’avait jamais vu d’homme auparavant, toussa et mit la tête basse. Les holluschickies s’ébranlèrent pesamment de quelques mètres, puis restèrent immobiles à les dévisager stupidement. Les hommes n’étaient rien moins que Kerick Booterin, le chef des chasseurs de phoques de l’île, et Patalamon, son fils. Ils venaient d’un petit village à moins d’un demi-mille des nurseries, et ils étaient en train de décider quels phoques ils rabattraient vers les abattoirs—car on mène les phoques tout comme des moutons—afin d’être dans la suite transformés en jaquettes fourrées.
—Oh! dit Patalamon. Regarde. Voilà un phoque blanc.
Kerick Booterin devint presque pâle sous sa couche d’huile et de fumée,—car il était Aléoute, et les Aléoutes ne sont pas des gens soignés.—Puis il se mit à marmotter une prière.
—Ne le touche pas, Patalamon. Il n’y a jamais eu de phoque blanc depuis que je suis né. Peut-être que c’est l’esprit du vieux Zaharrof qui s’est perdu l’année dernière dans un gros coup de vent.
—Je passe au large, dit Patalamon. Ça porte malheur... Vous croyez vraiment que c’est le vieux Zaharrof qui revient? Je lui dois quelque chose pour des œufs de mouette.
—Ne le regarde pas, dit Kerick. Rabats cette troupe de quatre-ans. Les hommes devraient en écorcher deux cents aujourd’hui, mais c’est le commencement de la saison et ils sont nouveaux à l’ouvrage. Cent suffiront. Vite!
Patalamon secoua une paire de castagnettes, formées de deux clavicules de phoque, devant un troupeau de holluschickies, et ceux-ci s’arrêtèrent net, haletant et soufflant. Puis il s’approcha. Les phoques se mirent en mouvement, et Kerick les mena vers l’intérieur sans qu’ils essayassent une fois de rejoindre leurs compagnons. Des centaines et des centaines de phoques virent emmener les autres, mais ils continuèrent à jouer comme si de rien n’était. Kotick fut le seul à faire des questions, et aucun de ses camarades ne put rien lui dire, sinon que les hommes menaient toujours les phoques de cette manière pendant six semaines ou deux mois chaque année.
—Je vais les suivre, dit-il.
Et ses yeux lui sortaient presque hors de la tête, comme il clopinait derrière le troupeau.
—Le phoque blanc vient derrière nous, cria Patalamon. C’est la première fois qu’un phoque est jamais venu aux abattoirs tout seul.