—Écoutez, lourds pourceaux de la mer. Qui m’accompagne au tunnel de Sea Cow?... Répondez ou je recommence la leçon, rugit Kotick.

Il y eut un murmure, pareil au frisselis de la marée, sur toute l’étendue des grèves.

—Nous viendrons, dirent des milliers de voix lasses. Nous suivrons Kotick, le Phoque Blanc.

Alors, Kotick enfonça sa tête entre ses épaules et ferma les yeux, orgueilleusement. Ce n’était plus un phoque blanc, en ce moment, mais il était rouge de la tête à la queue. Malgré cela, il eût dédaigné de regarder ou de toucher une seule de ses blessures.

Une semaine plus tard, lui et son armée (environ un millier de holluschickies et de vieux phoques pour le moment) partirent vers le nord, vers le tunnel des Vaches-Marines. Kotick les guidait. Et les phoques qui demeurèrent à Novastoshnah les traitèrent de fous. Mais, le printemps suivant, quand ils se retrouvèrent tous parmi les bancs de pêche du Pacifique, les phoques de Kotick firent de tels récits des grèves d’au delà le tunnel de Sea Cow, que des phoques de plus en plus nombreux quittèrent Novastoshnah. Sans doute, cela ne se fit pas tout de suite, car les phoques ne sont pas des gens fort malins, et il leur faut du temps pour peser le pour et le contre des choses; mais, d’année en année, un plus grand nombre d’entre eux s’en allaient de Novastoshnah, de Lukannon et des autres nurseries, vers les calmes grèves abritées où Kotick trône tout l’été, plus grand chaque année, plus gros et plus fort pendant que les holluschickies jouent autour de lui, en cette mer où nul homme ne vient.


LUKANNON

(Ceci est une sorte d’hymne national phoque, sur le mode triste.)

Au matin, j’ai trouvé mes frères (oh! que je suis vieux!)

Là-bas où la houle d’été rugit aux caps rocheux.