Teddy héla du côté de la maison:
—Oh, venez voir! Notre mangouste est en train de tuer un serpent.
Et Rikki-tikki entendit la mère de Teddy pousser un cri tandis que le père se précipitait dehors avec un bâton; mais, dans le temps qu’il venait, Karait avait poussé une botte imprudente, et Rikki-tikki avait bondi, sauté sur le dos du serpent, laissé tomber sa tête très bas entre ses pattes de devant, mordu au dos le plus haut qu’il pouvait atteindre, et roulé au loin. Cette morsure paralysa Karait, et Rikki-tikki allait le dévorer en commençant par la queue, suivant la coutume de sa famille à dîner, lorsqu’il se rappela qu’un repas copieux appesantit une mangouste, et que, pouvant avoir besoin sur l’heure de toute sa force et de toute son agilité, il lui fallait rester à jeun. Il s’en alla prendre un bain de poussière sous des touffes de ricins, tandis que le père de Teddy frappait le cadavre de Karait.
—A quoi cela sert-il? pensa Rikki-tikki; j’ai tout terminé.
Et alors la mère de Teddy le prit dans la poussière, et le serra dans ses bras, en pleurant qu’il avait sauvé Teddy de la mort; et le père de Teddy déclara qu’il était une providence; et Teddy regarda tout cela avec de grands yeux effarés.
Rikki-tikki se divertissait plutôt de tous ces embarras que naturellement il ne comprenait pas. La mère de Teddy aurait aussi bien pu caresser l’enfant pour avoir joué dans la poussière. Rikki s’amusait on ne peut plus.
Ce soir-là, à dîner, en se promenant de côté et d’autre parmi les verres sur la table, il lui aurait été facile de se bourrer de bonnes choses trois fois plus qu’il ne fallait, mais il avait Nag et Nagaina présents à la mémoire, et bien que ce fût fort agréable d’être flatté et choyé par la mère de Teddy, et de rester sur l’épaule de Teddy, ses yeux devenaient rouges de temps en temps, et il partait en son long cri de guerre: Rikk-tikk-tikki-tikki-tchk!
Teddy l’emmena coucher, et insista pour qu’il dormît sous son menton. Rikki-tikki était trop bien élevé pour mordre ou égratigner. Mais, aussitôt que Teddy fut endormi, il s’en alla faire sa ronde de nuit autour de la maison, et, dans l’obscurité, se heurta, en courant, contre Chuchundra, le rat-musqué, qui rampait le long du mur.
Chuchundra est une petite bête au cœur brisé. Il pleurniche et pépie toute la nuit, en essayant de se remonter le moral pour courir au milieu des chambres; mais jamais il n’y arrive.
—Ne me tuez pas,—dit Chuchundra, presque en pleurant.—Rikki-tikki, ne me tuez pas!