— Je vous demande pardon, fis-je.
Et je rentrai l’argent britannique.
— Oh, avec les autres, cela se fait, en règle générale… Au revoir, Monsieur,
Il se retira dans la tour blindée de sa caste et s’éloigna. Sans doute quelque majordome jaloux de l’honneur de sa maison, et qui s’intéressait, probablement, grâce à quelque servante, au quartier des enfants.
Après avoir passé les poteaux indicateurs du carrefour, je regardai en arrière, mais les collines en leurs replis s’entremêlaient avec un soin tel que je ne pus voir où s’était trouvée située la maison. Lorsque j’en demandai le nom dans un cottage au bord de la route, la grosse femme qui vendait là des bonbons me donna à entendre que les gens à automobile n’avaient que peu de droit à exister, — beaucoup moins à « s’en aller de côté et d’autre causer comme les gens à équipage ». Ils ne formaient point une communauté dont l’abord fût agréable.
En recherchant ma route sur la carte, ce soir-là, je ne fus guère plus avancé. La Vieille Ferme de Hawkin semblait être le nom cadastral de l’endroit, et l’ancien dictionnaire géographique du comté, généralement si prolixe, n’y faisait point allusion. La grande maison du pays, c’était Hodnington Hall, de style du temps des Georges avec embellissements du commencement de Victoria, ainsi que l’attestait une atroce gravure sur acier. J’allai soumettre ma difficulté à un voisin — un arbre à racines profondes de ce terroir — lequel me donna un nom de famille, qui ne disait rien.
Un mois environ plus tard, — j’y retournai, si ce ne fut mon automobile qui en prit la route de son propre vouloir. Elle parcourut les plateaux stériles ; une fois dans le labyrinthe de sentiers au pied des collines, en enfila chaque tournant ; continua entre les hautes murailles des bois, impénétrables en leur pleine feuillaison ; émergea au carrefour où le majordome m’avait quitté, et, un peu plus loin, dévoila un trouble interne qui me força à la faire tourner sur un chemin perdu de gazon, lequel pénétrait dans le silence d’été d’un bois de noisetiers. Autant que me le permirent d’en juger le soleil et une carte d’état-major de six pouces, ce devait être la lisière, côté route, de ce bois que, des hauteurs qui le dominaient, j’avais tout d’abord exploré. Je fis toute une sérieuse affaire de mes réparations et une boutique étincelante de mon attirail ad hoc, clefs, pompe, et le reste, que j’étalai bien en ordre sur une couverture. C’était un piège à prendre toute la gent enfantine, car, par une telle journée, raisonnai-je, les enfants devaient ne pas être loin. En reprenant haleine dans mon travail, j’écoutai ; mais le bois était à ce point rempli des bruits de l’été (quoique les oiseaux fussent accouplés) que je ne pus tout d’abord les distinguer du pas de petits pieds circonspects, en train de se glisser furtivement à travers les feuilles sèches. Je fis, de manière engageante, sonner ma trompe ; mais les pieds s’enfuirent, et je me repentis, attendu que, pour un enfant, tout bruit soudain n’est que cause de terreur. Je devais être au travail depuis une demi-heure lorsque j’entendis dans le bois la voix de la jeune femme aveugle crier : « Enfants, oh, enfants, où êtes-vous ? » et le silence fut lent à se refermer sur la perfection de ce cri. Elle s’en vint vers moi en cherchant un peu à tâtons sa route entre les troncs d’arbres, et, bien qu’un enfant, eût-on dit, se cramponnât à sa jupe, le petit être se rejeta comme un lapin dans l’épaisseur du feuillage au moment où elle approchait.
— Est-ce vous ?… demanda-t-elle. Vous, de l’autre bout du comté ?
— Oui, c’est moi, de l’autre bout du comté.
— Alors, pourquoi n’êtes-vous pas venu à travers les bois d’en haut ? Ils y étaient à l’instant.