LA VOIX (retombant dans une sorte de délire). — Mon paroissien, à moi, a au dos une croix d’ivoire, et il le dit, donc c’est vrai. « Jusqu’à ce que la mort nous sépare. » — Mais c’est un mensonge. (Parodiant un geste de G.) Un sacré mensonge ! (D’un air insouciant.) Oui, je jure aussi bien que le cavalier Pip. Je ne peux pas faire penser ma tête, pourtant. C’est parce qu’ils m’ont coupé les cheveux. Comment pouvoir penser avec une tête de hérisson ? (D’un ton implorant.) Tenez-moi bien, Pip ! Gardez-moi avec vous toujours, toujours. (Retombant.) Mais si vous vous mariez avec la petite Thorniss, quand je serai morte, je reviendrai hurler sous la fenêtre de votre chambre toute la nuit. Oh ! zut ! Vous me prendrez pour un chacal. Pip, quelle heure est-il ?
LE CAP. G. — Le jour va paraître, ma chère amie.
LA VOIX. — Je demande où je serai demain à cette heure-ci.
LE CAP. G. — Voudriez-vous voir le pasteur ?
LA VOIX. — Pourquoi le verrais-je ? Il me dirait que je vais au ciel ; et ce ne serait pas vrai, puisque vous êtes ici. Vous rappelez-vous quand il a renversé sa glace sur tout son pantalon au tennis des Gasser ?
LE CAP. G. — Oui, chère amie.
LA VOIX. — Je me suis souvent demandé s’il avait acheté un autre pantalon ; et pourtant le sien était si brillant qu’on ne pouvait vraiment pas s’en apercevoir à moins qu’on vous le dise. Faisons-le venir pour le lui demander.
LE CAP. G. (gravement). — Non. Je crois que cela ne lui ferait pas plaisir. Avez-vous la tête à l’aise, chérie ?
LA VOIX (faiblement, avec un soupir de contentement). — Ou-ué ! De grâce, Pip, quand vous êtes-vous rasé la dernière fois ? Vous avez le menton pire que le rouleau d’une boîte à musique… Non, ne le relevez pas. Je l’aime comme cela. (Une pause.) Vous disiez que vous n’aviez jamais pleuré. Vous pleurez sur toute ma joue.
LE CAP. G. — Je… je… je ne peux pas m’en empêcher, ma chère amie.