M. — Tu n’as jamais fait cela !
G. — Une fois seulement. Il gargouillait comme une outre, et mon vieux chef m’a regardé du coin de l’œil. Tu connais l’œil du vieux Haffy. J’ai eu peur de recommencer.
M. — Je te crois. C’était le meilleur moyen de flanquer une hernie au pauvre Van Loo, et de te faire esquinter. Tu le savais bien.
G. — Peu m’importait. Cela lui enlevait le mordant.
M. — « Lui enlevait le mordant ! » Gaddy, il… il… il ne faut pas, tu sais ! Pense aux hommes.
G. — Cela, c’est encore une chose dont j’ai peur. Crois-tu qu’ils savent ?
M. — Espérons que non ; mais ils sont salement prompts à reluquer le frouss… de petites choses de ce genre. Écoute, mon vieux, envoie la femme au pays pour la saison chaude et viens au Kashmir avec moi. Nous aurons un bateau sur le Dal ou traverserons le Rhothang… nous flânerons ou nous chasserons le bouquetin ou… ce qui te plaira. Seulement, viens ! Tu boudes un brin sur ton avoine, et tu dis des bêtises. Regarde le colonel… tout vieux lascar ventripotent qu’il est. Lui aussi a une femme et des châteaux à n’en plus finir. Y en a-t-il un de nous capable de lui damer le pion à cheval… malgré sa goutte et tout ? Moi, je ne peux pas, et je crois savoir ce que c’est que de pullupper.
G. — Il y a des gens autrement bâtis. Je n’ai pas le nerf. Dieu m’aide, je n’ai pas le nerf ! J’ai raccourci mes étriers d’un cran et demi pour avoir les genoux bien aux sacoches. Je n’y peux rien. J’ai tellement peur qu’il m’arrive quoi que ce soit ! Sur mon âme, on devrait me casser devant l’escadron pour couardise.
M. — Un vilain mot, cela. Je n’aurais jamais le courage d’avouer.
G. — Mon intention, en commençant, était de mentir sur mes véritables motifs, mais… mais j’ai perdu l’habitude de te mentir, mon vieux. Jack, motus, n’est-ce pas ?… Mais je sais bien que c’est inutile avec toi.