LE CAP. G. (à part). — Alors, il s’agit de l’exception qui prouve la règle.
MRS. H. — Toutes ! Je vous dirai n’importe ce que vous voulez. Je vous le dirai, sur ma parole ! Ce qu’il leur faut, c’est uniquement l’admiration… du premier venu — peu importe qui — du premier venu ! Mais il est toujours un homme dont elles se soucient plus que de personne au monde, et auquel elles sacrifieraient tous les autres. Oh ! écoutez bien ! J’ai laissé ce Vaynor trotter derrière moi comme un caniche, et il se croit le seul homme auquel je m’intéresse. Je vais vous raconter ce qu’il m’a dit.
LE CAP. G. — Épargnez-le. (A part.) Je me demande quelle est sa version, à ce Vaynor.
MRS. H. — Pendant tout le dîner il a attendu que je le regarde. Le regarderai-je, pour que vous puissiez voir l’air idiot qu’il va prendre ?
LE CAP. G. — Mais qu’importe l’entrée en scène de ce monsieur ?
MRS. H. — Regardez ! (Elle adresse un coup d’œil audit Vaynor, lequel essaye vainement de concilier une bouchée de pudding à la glace, un sourire de satisfaction personnelle, un regard de dévotion intense et la solidité d’une contenance britannique à une table de dîner.)
LE CAP. G. (judicieusement). — Il n’a pas l’air joli. Pourquoi n’avez-vous pas attendu que la cuiller lui soit sortie de la bouche ?
MRS. H. — Pour vous amuser. Elle vous donnera en spectacle comme j’ai fait pour lui ; et les gens riront de vous. Oh, Pip, ne le voyez-vous pas ? C’est aussi clair que le soleil en plein midi. On vous fera trotter de côté et d’autre et on vous contera des mensonges, on fera de vous un objet de risée comme les autres. Je n’ai jamais, moi, fait de vous un objet de risée, n’est-ce pas ?
LE CAP. G. (à part). — L’intelligente petite femme !
MRS. H. — Eh bien, qu’avez-vous à dire ?