MRS. G. (faisant du regard le tour de l’horizon). — Oui. Rien que vous et moi… moi et vous… dans tout le vaste, vaste monde jusqu’à la fin. (Son regard se pose sur la ligne des neiges.) Comme les montagnes ont l’air énormes et calmes ! Croyez-vous qu’elles s’inquiètent de nous ?
LE CAP. G. — Je ne saurais affirmer les avoir particulièrement consultées. Moi, je m’en inquiète, cela me suffit.
MRS. G. (se rapprochant de lui). — Oui, en ce moment… mais plus tard. Qu’est-ce c’est que ce petit barbouillage noir sur les neiges ?
LE CAP. G. — Une tempête de neige, là-bas, à quarante milles. Vous allez la voir se déplacer au fur et à mesure que le vent la charrie sur les flancs de ce contrefort, et puis, plus rien.
MRS. G. — Et puis, plus rien. (Elle frissonne.)
LE CAP. G. (anxieusement). — Vous ne vous refroidissez pas, petite, n’est-ce pas ? Il vaut mieux me laisser aller chercher votre manteau.
MRS. G. — Non. Ne me quittez pas, Phil. Restez ici. Je crois que j’ai peur. Oh ! pourquoi les montagnes sont-elles si effroyables ? Phil, promettez-moi, promettez-moi que vous m’aimerez toujours.
LE CAP. G. — Qu’est-ce qu’il y a donc, chérie ? Je ne peux promettre plus que je n’ai fait ; mais je ne cesserai de le promettre encore et encore si vous voulez.
MRS. G. (la tête sur l’épaule de son mari). — Dites-le donc… dites-le. N-non… ne le dites pas ! Les… les… aigles riraient. (Se remettant.) Mon mari, vous avez épousé une petite oie.
LE CAP. G. (très tendrement). — Vraiment ? Je me contente de ce qu’elle est, tant qu’elle est à moi.