MRS. G. — Je… n’ose guère continuer, après cette voix-là. (Chevrotant.) Phil, n’ayez jamais l’audace de me parler sur ce ton-là, quoi que je puisse faire !
LE CAP. G. — Mon pauvre petit amour ! Mais vous tremblez toute. Je suis si fâché. Il va sans dire que je n’ai jamais eu l’intention de vous bouleverser. Ne me racontez rien. Je suis une brute.
MRS. G. — Non, vous n’êtes pas une brute, et je vais vous raconter… Il y eut un homme.
LE CAP. G. (gaiement). — Y eut-il ? L’heureux mortel !
MRS. G. (tout bas). — Et je crus que je l’aimais.
LE CAP. G. — Mortel deux fois heureux ! Eh bien ?
MRS. G. — Et je crus que je l’aimais… et je ne l’aimais pas… et alors vous êtes venu… et c’était vous que j’aimais, beaucoup, beaucoup. Oui, vraiment. C’est tout. (Face voilée.) Vous n’êtes pas fâché, n’est-ce pas ?
LE CAP. G. — Fâché ? Pas le moins du monde. (A part.) Bon Dieu, qu’ai-je fait pour mériter cet ange ?
MRS. G. (à part). — Et il ne m’a même pas demandé le nom ! Comme les hommes sont drôles ! Mais c’est peut-être aussi bien.
LE CAP. G. — Cet homme ira au ciel parce que jadis vous avez cru l’aimer. Je me demande si, moi, vous me remorquerez jamais là-haut ?