— Tant pis. S’ils étaient morts, notre pays nous enverrait peut-être des hommes, mais notre pays est mort également, et moi je suis déshonoré sur un banc de vase par votre traîtrise d’Anglais.

— Bah ! Il me semble que tirer sur un petit baquet de notre dimension, sans un mot d’avertissement et alors que vous saviez nos pays en paix, c’est quelque peu traître aussi.

— Si l’un de mes obus vous avait atteints, vous seriez allés au fond, tous sans exception. J’aurais couru le risque avec mon gouvernement. A cette heure il eût peut-être été…

— En république. Ainsi donc vous aviez réellement l’intention de combattre pour votre propre compte ! C’est plutôt dangereux de lâcher un officier comme vous dans une marine comme la vôtre. Eh bien, qu’allez-vous faire maintenant ?

— Rester ici. Partir dans les canots. Qu’importe ? Cet animal d’ivrogne (il désigna l’ombre dans laquelle ronflait le gouverneur) est ici. Je dois le remmener à son trou.

— Fort bien. Je vous déséchouerai au jour si vous faites de la vapeur.

— Capitaine, je vous préviens que dès que nous serons de nouveau à flot je vous combattrai.

— Fumisterie ! Vous déjeunerez avec moi, et puis vous remmènerez le gouverneur vers le haut du fleuve.

Le capitaine resta un moment silencieux. Puis il dit :

— Buvons. Ce qui doit arriver arrive, et après tout nous n’avons pas oublié la guerre de la Péninsule[37]. Mais vous admettrez, capitaine, qu’il est désagréable de se voir jeté sur un haut-fond comme une dragueuse !