[8] Nom d’une plante de l’Inde.
« — Maintenant, que je dis en m’asseyant sur sa patte de devant, nous allons boire un coup et nous ficher du reste.
« J’envoyai un négrillon chercher un quart d’arack[9], et la femme du sergent m’envoya quatre doigts de whisky, et quand la liqueur arriva je vis au clin d’œil du vieux Typhon qu’il s’y connaissait aussi bien que moi… que moi, songez ! Il avala donc son quart comme un chrétien, après quoi je lui passai les entraves, l’enchaînai au piquet par devant et par derrière, lui donnai ma bénédiction et m’en retournai à la caserne.
[9] Eau-de-vie de riz.
Mulvaney se tut.
— Et après ? demandai-je.
— Vous le devinez, reprit Mulvaney. Il y eut confusion, et le colonel me donna dix roupies, et le commandant m’en donna cinq, et le capitaine de la compagnie m’en donna cinq, et les hommes me portèrent en triomphe autour de la caserne.
— Tu es allé à la boîte ? demanda Ortheris.
— Je n’ai plus jamais entendu parler de mon malentendu avec le pif de Kearney, si c’est cela que tu veux dire ; mais cette nuit-là plusieurs des gars furent emmenés d’urgence à l’ousteau des Bons Chrétiens. On ne peut guère leur en faire un reproche : ils avaient eu pour vingt roupies de consommations. J’allai me coucher et cuvai les miennes, car j’étais vanné à fond comme le collègue qui reposait à cette heure dans les lignes. Ce n’est pas rien que d’aller à cheval sur des éléphants.
« Par la suite je devins très copain avec le vénérable Père du Péché. J’allais souvent à ses lignes quand j’étais consigné et passais l’après-midi à causer avec lui : nous mâchions chacun notre bout de canne à sucre, amis comme cochons. Il me sortait tout ce que j’avais dans mes poches et l’y remettait ensuite, et de temps à autre je lui portais de la bière pour sa digestion, et je lui faisais des recommandations de bonne conduite, et de ne pas se faire porter sur le registre des punitions. Après cela il suivit l’armée, et c’est ainsi que ça se passe dès qu’on a trouvé un bon copain.