— Nous jouons, dirent tranquillement les Gémeaux.

— Ne pouvez-vous jouer sur les bords de la Voie Lactée ? dit Leo.

— C’est ce que nous faisions, reprirent-ils, mais les Poissons sont arrivés à la nage et nous ont prédit qu’un jour ils reviendraient pour nous prendre et nous emporter sans nous faire aucun mal. C’est pourquoi nous jouons à être des petits enfants ici-bas. Cela plaît aux gens.

— Et cela vous plaît-il ? dit Leo.

— Non, dirent les Gémeaux, mais il n’y a pas de chats dans la Voie Lactée.

Et tout pensifs ils tirèrent la queue du chat. Une femme sortit sur le seuil et s’arrêta derrière eux, et Leo vit sur ses traits une expression qu’il avait déjà vue sur ceux de Virgo.

— Elle croit que nous sommes des enfants trouvés, dirent les Gémeaux, qui se hâtèrent de rentrer pour souper.

Alors, en toute hâte, Leo courut successivement à toutes les Maisons, car il n’arrivait pas à comprendre le nouvel ennui qui était survenu à ses frères. Il s’adressa au Sagittaire, et le Sagittaire l’assura qu’en ce qui concernait sa Maison, Leo n’avait rien à craindre. Le Verseau, les Poissons et le Scorpion lui firent la même réponse. Ils ne savaient rien de Leo et s’en souciaient encore moins. Ils étaient les Maisons et ils s’occupaient à tuer les hommes.

Il arriva enfin à cette très sombre Maison où Cancer le Crabe se tient si tranquille qu’on le croirait endormi, n’était le jeu continuel et le mouvement ondulatoire des appendices plumeux entourant sa bouche. Ce mouvement ne cesse jamais. Et parce qu’il est silencieux et sans hâte, il ressemble à la morsure d’un feu qui couve dans du bois vermoulu.

Leo s’arrêta en face du Crabe, et les demi-ténèbres lui laissèrent entrevoir le vaste dos d’un noir bleuâtre et les yeux immobiles. De temps à autre il croyait entendre un bruit de sanglots, mais presque imperceptible.