— Je pense que je vais moi-même disparaître, glissai-le à l’oreille du second. Est-ce que le youyou est paré ?
Le youyou attendait au passavant, lequel était abaissé, et le second partit à l’avant chercher un rameur pour me transporter à quai. Il ramena un lascar tout endormi qui connaissait le fleuve.
— Vous vous en allez ? me dit l’individu au gabillot. Ma foi, je vais vous reconduire jusque chez vous. MacPhee, aide-moi à descendre l’échelle. Elle a autant de bouts qu’un chat-à-neuf-queues, et… fichtre !… il y a des youyous à ne pas les compter.
— Mieux vaut le laisser aller avec vous, me dit le second. Muhammed Djenn, tu mettras d’abord à terre le sahib saoul. Le sahib qui ne l’est pas, tu l’emmèneras à l’escalier suivant.
J’avais déjà un pied sur l’avant du youyou, et la marée remontait le fleuve, lorsque l’individu tomba sur moi comme une bombe, refoula le lascar sur l’échelle, largua l’amarre, et l’embarcation partit, la poupe la première, le long de la muraille du Breslau.
— Nous ne voulons pas de races étrangères ici ! proclama l’individu. Je connais la Tamise depuis trente ans…
Ce n’était pas l’heure de discuter, nous dérivions alors sous la poupe du Breslau, dont je savais que l’hélice était à moitié hors de l’eau, parmi une ténébreuse confusion de bouées, d’amarres affleurantes et de bâtiments à l’ancre entre lesquels clapotait le flot.
— Que vais-je faire ? criai-je au second.
— Tâchez bien vite de trouver un bateau de la police, et pour l’amour de Dieu donnez un peu d’erre au youyou. Gouvernez avec l’aviron. Le gouvernail est démonté, et…
Je n’en pus entendre davantage. Le youyou s’éloigna, heurta un coffre d’amarrage, pirouetta, et fut emporté à l’aventure tandis que je cherchais l’aviron. Assis à l’avant, poings au menton, l’individu souriait.