«  — C’est un mécanicien principal sacqué après vingt ans de service, parce qu’il ne veut pas risquer le Breslau à suivre le nouvel horaire, et allez au diable, MacRimmon, lui dis-je.

« Le vieux fronça ses lèvres en sifflotant.

«  — Ah oui, fit-il, le nouvel horaire. Je comprends !

« Il entra, clopinant, dans la salle du conseil que je venais de quitter, et son chien Dandie, qui est le digne conducteur de cet aveugle, resta avec moi. C’était là une circonstance providentielle. Au bout d’une minute il fut de retour.

«  — Vous avez jeté votre pain à l’eau, MacPhee, et allez au diable, me dit-il. Où est mon chien ? Il est sur vos genoux ? Ma parole, il a plus de discernement qu’un Juif. Qu’est-ce qui vous a pris, d’injurier votre conseil d’administration, MacPhee ? Cela coûte cher.

«  — Le Breslau leur coûtera encore plus cher, dis-je… (Et au chien :) Va-t’en de mes genoux, flagorneuse bête.

«  — Les coussinets chauffent, hein ? me dit MacRimmon. Il y a trente ans que quelqu’un n’a osé m’injurier en face. Il fut un temps où je vous aurais jeté à bas des escaliers pour cette insolence.

«  — Pardonnez-la-moi ! dis-je. (Il allait sur ses quatre-vingts ans, à ma connaissance.) J’ai eu tort, MacRimmon. Mais quand on se voit mettre à la porte pour avoir fait son devoir évident, on n’est pas toujours poli.

«  — Je comprends ça, dit MacRimmon. Un cargo affréteur vous répugnerait-il ? Vous n’aurez que quinze livres par mois, mais on dit que le Diable aveugle nourrit ses gens mieux que d’autres. Il s’agit de mon Kite. Va bien. Remerciez plutôt Dandie que voici. Je ne tiens pas aux remerciements… Mais enfin, ajouta-t-il, qu’est-ce qui vous a pris de donner votre démission chez Holdock ?

«  — Le nouvel horaire, dis-je. Le Breslau n’y résistera pas.