— Nous ne saccagerons pas cette poubelle, si c’est cela que vous voulez dire. Sans en avoir l’air nous sommes ici, pour la plupart, des gens comme il faut.

— Parfait. Envoyez-moi à bord le chef de ce poste, ou fort, ou village, ou ce qu’on voudra, et tâchez de trouver un logement pour vos hommes.

— Nous trouverons bien un baraquement pour les caserner. Hé là-bas ! vous, l’homme à la litière, venez à bord de la canonnière.

Ses subordonnés firent demi-tour, s’avancèrent parmi la soldatesque dispersée, et se mirent à explorer le village, en quête de cases disponibles.

Le petit homme de la litière vint à bord en souriant avec gêne. Il était en uniforme de grand tralala, surchargé de plusieurs mètres de galon d’or et de gourmettes tintantes. Il portait en outre de largissimes éperons : le cheval le plus proche n’était guère qu’à six cents kilomètres de là.

— Mes enfants, prononça-t-il, tourné vers la soldatesque muette, déposez vos armes.

La plupart des hommes les avaient déjà rejetées et s’étaient installés pour fumer.

— Sous aucun prétexte, ajouta-t-il dans sa langue à lui, ne vous laissez aller à massacrer ceux qui se sont mis sous votre protection.

— A présent, dit Judson-Pardieu, qui n’avait pas saisi cette dernière phrase, voulez-vous avoir la bonté de m’expliquer ce que diantre signifie toute cette absurdité.

— C’était de nécessité, répondit le petit homme. Les opérations de guerre sont déplaisantes. Je suis gouverneur et fais fonction de capitaine. Voici mon épée !